(« Ne fait-on rien céans ? » illustration de Marillier, pour les Œuvres Badines de Caylus, Paris, Visse, 1787, tome 11, p. 40.)
[extrait]
« Les Chats »
Un homme du siècle, [Autreau] auquel nous devons des poésies très aimables, s’est rendu plus recommandable encore par l’étude qu’il a faite du langage des chats ; étude satisfaisante, & qui lui a si heureusement réussi, qu’il entend exactement ce qu’expriment les différentes inflexions de leur voix ; & ce qui est l’admirable, est qu’il ne faut, pour acquérir cette intelligence, que l’entendre une fois réciter un dialogue qu’il a composé, où deux amans s’entretiennent.
Voici, madame, cette scène charmante ; elle perdra beaucoup à n’être que lue, quoiqu’elle soit écrite avec élégance & précision ; la façon de la déclamer comme lui, d’après les chats, y donnant tout le caractère de vérité.
La scène est au coin du feu d’une cuisine.
LA CHATTE, voyant tourner la broche & se débarbouillant.
ça est bon.
LE MATOU, appercevant la Chatte, & s’approchant avec un air timide.
Ne fait-on rien céans ?
LA CHATTE, ne lui jetant qu’un demi-regard.
Ohn.
LE MATOU, d’un ton passionné.
Ne fait-on rien céans ?
LA CHATTE, d’un ton de pudeur.
Oh que nenni.
LE MATOU, piqué.
Je m’en revas donc ?
LA CHATTE, se radoucissant.
Nenni.
LE MATOU, affectant de s’éloigner.
Je m’en revas donc ?
LA CHATTE, d’un air honteux.
Montez là-haut. (plus haut) Montez là-haut.
ENSEMBLE, courant sur l’escalier
Montons là-haut, montons là-haut.
Les deux amans arrivent bientôt dans la gouttière ; & la scène finit par des clameurs amoureuses, entremêlées de ces expressions naïves employées dans nos anciens romans, & que la délicatesse du siècle a banni des ouvrages.
(« Les Chats », extrait des Œuvres Badines de Caylus, Paris, Visse, 1787, tome 11, pp. 41-42.)


















